Conversation sur la carrière, la communauté et la représentation avec Matthew Williams, conseiller en placement et gestionnaire de portefeuille

Q : Qu’est-ce qui vous a amené à travailler dans le secteur de la gestion de patrimoine? Est-ce la voie que vous aviez toujours envisagée?
R : Pas du tout. Après le secondaire, je voulais être agent en sports – j’ai même étudié en Sports Management à l’Université Brock. En cours de route, j’ai commencé à m’intéresser davantage à l’économie et à l’économie politique, tandis que mon intérêt pour le métier d’agent en sports a diminué. Après l’obtention de mon diplôme, la mère d’un ami, qui travaillait à la BMO, m’a aidé à obtenir un poste de premier échelon dans une succursale.
J’étais vraiment un piètre caissier – ce n’était tout simplement pas fait pour moi, mais le directeur de succursale a cru en moi et m’a encouragé. Cette expérience m’a poussé à trouver ma place dans la banque. Je suis passé progressivement à des postes liés aux placements et j’ai finalement obtenu un poste en services bancaires privés comme assistant de plusieurs conseillers en placement.
Ces rôles m’ont aidé à acquérir des compétences, à nouer des relations et à gagner en confiance. Par la suite, j’ai obtenu le titre CFA et j’ai réalisé que je voulais devenir conseiller.
Q : Quelle a été l’importance du mentorat tout au long de votre carrière? Comment s’est-il manifesté?
R : J’ai travaillé avec trois conseillers en placement au fil des ans, et ils m’ont tous aidé à leur façon. Le dernier, Larry, a eu la plus grande influence sur ma carrière. Il approchait de la retraite et voulait réduire ses responsabilités, donc il m’a confié beaucoup de projets et de fonctions au sein de comités. Cette expérience a été inestimable.
Il m’a aussi donné l’espace pour m’améliorer, m’a confié des responsabilités importantes et m’a prodigué d’excellents conseils. Il a encadré beaucoup de gens très accomplis, donc j’ai été chanceux d’apprendre de lui.
J’ai tiré un tel bénéfice des discussions que d’autres ont eu avec moi que, dès le début de ma carrière, j’ai pris l’engagement de faire de même. Je réponds toujours aux appels ou accepte volontiers de prendre un café avec les gens qui me demandent conseil. Je n’ai pas de véritables apprentis, mais j’aide toujours les gens que ce soit au sein de l’entreprise ou dans la communauté en général.
Q : Avez-vous déjà eu des mentors noirs?
R : Non, pas directement, surtout parce que très peu de personnes noires occupaient des postes où ils auraient pu offrir du mentorat. Dans un poste chez BMO [services bancaires privés], je me suis rendu compte que j’étais le seul conseiller noir dans tout le pays. C’était très révélateur de la représentation dans le secteur [à ce moment].
Q : Parlant de représentation, que pensez-vous de la sous-représentation en gestion de patrimoine? Qu’est-ce qui y contribue?
R : La représentation est faible, et c’est évident lorsque j’assiste à des événements du secteur. En scrutant la salle, on compte aisément le nombre de conseillers noirs présents.
Personnellement, je n’ai jamais été trop limité, mais je connais des gens qui n’ont pas été aussi chanceux. D’anciens collègues se sont sentis négligés ou mal informés sur les possibilités d’emploi. Difficile de dire si c’était attribuable à la race ou non, mais c’est un sentiment réel partagé par beaucoup de professionnels noirs.
Les facteurs structurels sont également importants – expérience hâtive, éducation, réseaux et confiance de travailler dans un secteur comme celui de la finance. J’ai souvent senti que les professionnels noirs étaient encouragés à prendre la voie « facile » : progresser de façon constante et obtenir l’approbation à chacune des étapes. Toutefois, je pense que nous devons aussi changer nos mentalités par rapport à l’entrepreneuriat et la prise de risque, et créer des occasions plutôt que de les attendre.
Q : Cherchez-vous à bâtir une clientèle diversifiée? À quoi ressemble-t-elle actuellement?
R : Comme j’ai récemment changé de société et que je rebâtis ma clientèle, celle-ci compte plus de femmes et de personnes âgées actuellement, mais cela va changer avec le temps parce que je m’intéresse naturellement aux gens et j’aime découvrir les besoins d’une clientèle diversifiée.
Par exemple, à la BMO, ma clientèle était très diversifiée – jeunes familles, retraités, personnes de couleur, entrepreneurs, professionnels – et je travaille à rebâtir cela.
Q : Votre réponse est une belle introduction au Mois de l’histoire des Noirs. Qu’est-ce que le Mois de l’histoire des Noirs signifie pour vous? Est-ce que cela a changé avec le temps?
R : Complètement. Pendant la majeure partie de ma vie, le Mois de l’histoire des Noirs n’avait pas de signification particulière pour moi. Je ne comprenais pas quel était l’objectif; j’étais même plutôt d’accord avec Morgan Freeman de ne pas vouloir un « mois spécial ».
Cependant, au moment du décès de George Floyd, j’ai commencé à percevoir les choses différemment. Les histoires comme celles de Elijah McClain m’ont profondément touché. Je me souviens m’être retrouvé submergé par l’émotion en faisant du vélo un jour après avoir appris son histoire. J’ai pris conscience à ce moment-là que je devais changer d’approche.
Durant le mois de février, j’ai commencé à lire uniquement des auteurs noirs, à rechercher des histoires sur les personnes noires et à soutenir des propriétaires d’entreprises de cette communauté. Ce n’est pas que je ne lis jamais d’auteurs noirs en temps normal, mais le Mois de l’histoire des Noirs me pousse à changer mes habitudes.
Ça me rappelle de choisir consciemment des points de vue auxquels je n’aurais pas été nécessairement exposé.
Q : Vous avez rejoint le groupe-ressource des employés noirs, originaires d’Afrique ou des Caraïbes, peu de temps après votre arrivée. Pouvez-vous nous partager votre expérience?
R : Cheryl [Jones] est venue me voir dans la cuisine à ma première semaine; c’était une période occupée pour moi personnellement et professionnellement, mais j’étais heureux de me joindre au groupe. Honnêtement, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais c’est devenu l’un des aspects que j’apprécie le plus de mon nouveau travail chez Patrimoine Richardson. Ça me donne un sentiment d’appartenance, m’aide à rencontrer des gens dans l’entreprise et me permet de bien vivre cette transition importante. En tant que conseiller, je ne fais pas partie d’une grande équipe, donc le fait de pouvoir compter sur un groupe était quelque chose d’unique et de significatif pour moi.
J’accorde une grande valeur au groupe et à la culture qu’il préconise.
Q : Un mot de la fin pour vos collègues ou d’autres personnes noires qui font leur entrée dans le secteur de la gestion de patrimoine?
R : Le secteur de la gestion de patrimoine est particulièrement bien placé pour permettre aux gens de bâtir quelque chose d’important – de repousser les limites perçues et de créer de la valeur. Les conseillers noirs peuvent certainement prendre une plus grande place, être mieux représentés et faire preuve d’un plus grand leadership.
J’encourage toute personne qui entre dans le secteur à se responsabiliser, à prendre des risques et à bâtir des réseaux. Vous avez une occasion exceptionnelle de vous épanouir, de contribuer et de transformer la représentation pour les générations qui suivront.