L’art du discernement

L’État du marché
13 avril 2026

L’art du discernement


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La plupart des gens s’entendent probablement pour dire que dans l’ensemble, le monde est devenu plus agité au fil des ans – une tendance poussée à l’extrême en 2026 en raison des hostilités au Moyen-Orient. Le déferlement de manchettes a été presque assourdissant, même parfois angoissant, faisant fluctuer les marchés à la hausse et à la baisse d’une journée à l’autre. Autrement dit, chaque jour, les investisseurs oscillent entre la peur et la cupidité au gré des manchettes.

Manchettes créées par Claude Code

Revenons brièvement sur les six dernières semaines. Les hostilités ont éclaté à la fin de février, et les marchés ont ouvert en hausse le lundi. Mais à mesure que le conflit se poursuivait, les nouvelles ont commencé à peser sur les marchés. Le conflit a pris de l’ampleur et s’est prolongé, et le pétrole transitant par le détroit d’Ormuz s’est retrouvé bloqué. Pendant que les manchettes nous mettaient en garde contre l’inflation mondiale, une récession, une pénurie d’essence, l’urgence énergétique, etc., la guerre de mots était tout aussi dramatique : « le conflit est presque terminé », « nous allons tout détruire », « cessez-le-feu de deux semaines », « [je vous laisse le soin de prédire le prochain rebondissement] ».

Le problème, c’est la façon dont le contenu a évolué. Remontons à une époque plus simple où les nouvelles des événements mondiaux étaient publiées dans les journaux et diffusées dans les bulletins de nouvelles du soir. Des biais existaient certes à l’époque, mais nous dirions que le contenu était plus objectif, voire mieux documenté, et que les nouvelles étaient moins divertissantes. Il suffisait de payer votre abonnement au journal ou les frais mensuels au câblodistributeur. Ces fournisseurs existent toujours, mais leur importance a diminué à mesure que le contenu a évolué vers son modèle actuel.

Aujourd’hui, vous ne payez pas pour la plupart du contenu que vous consommez. C’est toujours mieux quand c’est gratuit, non? Le problème de nos jours, c’est que le modèle économique des créateurs de contenu repose d’une manière ou d’une autre sur la publicité, l’engagement des lecteurs ou les abonnés. C’est un problème, car pour attirer davantage l’attention ($$$), le contenu doit être incendiaire, voire souvent extrême. Si on annonce que le conflit aura peu d’incidence sur la croissance économique et qu’une voie de sortie permettra de le désamorcer, cela n’attirera PAS beaucoup de lecteurs. À l’inverse, si on mentionne que la crise du pétrole est plus grave que dans les années 1970 et que le baril de pétrole atteindra 200 $, cela va susciter l’attention.

Prenons les modèles économiques de blogues financiers collaboratifs. L’auteur n’est pas payé pour la qualité de son analyse, ou s’il a raison, mais plutôt en fonction du nombre de lecteurs. Par conséquent, personne ne va écrire sur un sujet ennuyeux comme Loblaws; tout le monde va parler de Tesla, de Nvidia ou d’autres actions en vogue. Le choix des sujets est clairement influencé par les facteurs économiques. Les algorithmes alimentent aussi cette tendance – les histoires extrêmes sont plus lues, ce qui favorise la distribution plus large d’autres algorithmes.

Le problème avec ces modèles économiques, c’est que le contenu doit être extrême pour être populaire. Avec plus de 25 000 balados sur le thème des placements, vous devez vraiment avoir une voix forte pour être entendu.

Nombre de balados financiers disponibles sur Apple

Les blogues et les balados ne sont pas les seuls qui souffrent de cette tendance. On pourrait soutenir que les médias grand public se sont au moins en partie engagés dans cette voie pour tenter d’accroître leur audience. Même les rapports de recherche incitent souvent à acheter ou à vendre, ce qui est plus facile lorsqu’on a une opinion plus tranchante.

Intelligence artificielle – Cela amène peut-être un autre problème. Créer du contenu est maintenant beaucoup plus facile depuis que les outils d’intelligence artificielle peuvent contribuer au processus de rédaction (aucun numéro de L’État du marché n’a été rédigé grâce à l’IA jusqu’à maintenant, mais elle a aidé à créer le tableau ci-dessus ainsi que certains titres).  Ou plus important encore, l’IA peut aussi améliorer les graphiques, les vidéos et d’autres contenus, ce qui devrait être positif, mais si elle encourage les points de vue extrêmes pour susciter l’intérêt, cela pourrait nuire aux investisseurs. Les outils ne sont que des outils, ils peuvent être employés positivement ou négativement. Inutile de les pointer du doigt.

En fin de compte, nous vivons dans un monde plus agité. Le contenu est plus accrocheur que jamais, mais il ne sert pas toujours les intérêts des investisseurs.

Comment composer avec cette réalité?

Nous ne conseillons pas aux investisseurs, aux conseillers et aux gestionnaires de portefeuille de faire abstraction des manchettes, des nouvelles, des blogues ou des balados. À divers degrés, ils apportent tous quelque chose, que ce soit une perspective différente, un renseignement ponctuel ou même un simple divertissement. Toutefois, réagir à ce type d’information risque davantage de nuire à votre processus de placement.

Idéalement, trouvez une poignée de « sources fiables » et étudiez leur modèle économique, car cela aide à mettre leur contenu ou leurs points de vue en perspective. Comme Charlie Munger l’a souvent dit, connaître les motivations d’une personne permet le plus souvent d’expliquer son comportement. Sans rendre un point de vue bon ou mauvais, cela offre une nouvelle façon de consommer leur contenu.

Continuez à vous fier à vos sources fiables. Investir ne consiste pas à trouver au plus vite la prochaine bonne idée, pour ensuite passer à la suivante, ni à rajuster son portefeuille après avoir lu du contenu convaincant. Les gains d’un portefeuille découlent bien plus du maintien d’une position que de la négociation active. Idéalement, le suivi régulier de vos sources de confiance contribuera à la stabilité de votre portefeuille. À l’occasion, adoptez de nouvelles sources fiables après les avoir consultées pendant un certain temps pour vous assurer qu’elles vous conviennent.

Recherchez du contenu plus équilibré ou qui cherche à clarifier plutôt qu’à provoquer une réaction émotive. Finalement, ne réagissez pas trop aux manchettes ou aux nouvelles tape-à-l’œil. À notre avis, les marchés réagissent souvent de façon excessive aux nouvelles, et c’est probablement là où se trouvent les occasions. Investir à contre-courant, c’est aussi ne pas réagir aux nouvelles.

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