L’État du marché
11 mai 2026
La patience porte fruit
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Ce n’est pas en réfléchissant que j’ai fait fortune, mais en sachant attendre.
Jesse Livermore, Mémoires d’un spéculateur (1923)Cette citation est tirée de Mémoires d’un spéculateur, un classique intemporel sur la vie de Jesse Livermore. Il a hérité du surnom « Boy Plunger » (jeune spéculateur audacieux) en raison de ses gros paris spéculatifs, qui lui ont rapporté d’énormes bénéfices durant les krachs de 1907 et 1929. Peut-être pensez-vous que les positions acheteur ou vendeur sur les actions ou les produits de base n’ont rien à voir avec les placements d’aujourd’hui ou avec votre portefeuille, mais tout investisseur peut tirer des leçons importantes du parcours de ce spéculateur. Plus précisément, il reconnaît que ses bénéfices n’ont pas découlé d’opérations prodigieuses anticipant le prochain mouvement du marché, mais sont plutôt le résultat de la patience et du maintien des positions.
Un siècle plus tard, les choses n’ont pas beaucoup changé. Ce sont surtout les opérations qui font les manchettes. Les achats ou les ventes d’un gestionnaire de portefeuille connu retiennent en bonne partie l’attention des marchés ou des médias. Des fonds ou des FNB copient même les opérations de gestionnaires de fonds de couverture réputés une fois qu’elles sont rendues publiques. Nos lecteurs n’échappent pas non plus à ce phénomène. Nous ne prétendons pas être connus, mais certaines des justifications des opérations que nous publions affichent les taux d’ouverture et de clics les plus élevés parmi nos nombreuses publications. Mais devinez quoi? Souvent, ce sont les placements existants qui dictent le rendement sur une période donnée.
Alors pourquoi accorde-t-on autant d’attention aux opérations, si l’on se fie à la couverture médiatique, aux rapports de recherche, aux clics ou aux questions? On pose souvent la question « qu’avez-vous acheté », et donc les rapports sur les recommandations d’achat ou de vente sont nécessairement plus lus qu’une simple mise à jour. Cela paraît logique d’un point de vue comportemental. Pour investir, il faut savoir composer avec un niveau élevé d’incertitude, et personne n’aime l’incertitude. Lorsque vous apprenez qu’un « expert » plus expérimenté, mieux informé ou qui a fait plus de recherches a effectué une opération, cela pique votre curiosité. Et si elle est conforme à votre position, cela renforce votre conviction.
De plus, tout le monde semble se passionner pour les « coups de maître » de cet investisseur ou gestionnaire de portefeuille qui a vendu au sommet ou acheté au creux. Si un changement de direction assez important du marché s’ensuit, les actifs se mettent à affluer – et le gestionnaire en question peut même faire une tournée de conférences ou écrire un livre. Et le coup de maître est récompensé!! Les paris audacieux sont une combinaison de vision et de chance. Personne ne sait s’il s’agit du creux ou du sommet.
Le contexte est important – les investisseurs se basent souvent sur les opérations d’un « expert » pour avoir son avis sur la direction du marché. Ce peut être utile dans certaines circonstances, mais très souvent ce n’est pas le cas. La plupart du temps, c’est une décision de l’ensemble du portefeuille, pas nécessairement un pari sur la direction. Nous avons réduit notre position dans l’or en septembre de l’an dernier, lorsqu’il était à peine à 3 700 $ l’once, et il a beaucoup progressé depuis. C’est surtout parce que nos placements importants dans l’or d’il y a quelques années avaient pris trop de place (un beau problème), et pas nécessairement parce que nous sommes pessimistes à court terme pour l’or. Par ailleurs, investir dans le facteur de croissance a été rendu possible en raison de notre faible exposition générale à ce facteur.
Les orientations ou les expositions importent plus que les opérations individuelles – Pour la plupart des portefeuilles, en particulier ceux qui ne connaissent pas nécessairement de fortes fluctuations, l’exposition globale compte plus qu’une opération précise. Évidemment, les opérations peuvent accroître ou réduire ces pondérations ou ces orientations, mais cela se fait souvent graduellement. Si vous voulez recueillir des informations d’autres gestionnaires de portefeuille, analysez l’ensemble du portefeuille et ses orientations, pas seulement les opérations ponctuelles.
Nous ne disons pas qu’elles ne sont pas importantes, car la composition globale du portefeuille est le résultat des opérations passées, certaines récentes et beaucoup datant de plusieurs années, voire des décennies. Il est important de ne pas voir les opérations de façon isolée. Pour mieux comprendre une opération, il vaut mieux la placer dans le contexte du portefeuille global. Le rééquilibrage, la prise de bénéfices et le rajustement des positions sont plus motivés par des considérations liées au portefeuille que par des opinions explicites sur les prochains mouvements des marchés. Les opérations visant à profiter d’actifs potentiellement mal évalués méritent davantage notre attention.
Pour finir sur une note positive, nos opérations au cours des deux dernières années ont contribué au rendement. Cependant, la plupart de nos gains sont le résultat du maintien de nos positions, dont certaines depuis le tout début. La patience est une qualité très importante pour réussir en tant qu’investisseur.