Stratégie des investisseurs
5 août 2026
Prolongation
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- Pas d’accalmie estivale
- Parfois, bon ne suffit pas
- Tout brille… sauf l’or
- Cycle du marché et positionnement du portefeuille
- Conclusion
Pas d’accalmie estivale

L’élan des marchés boursiers s’est un peu essoufflé en juillet après un premier semestre solide, et le rendement a varié d’une région et d’un secteur à l’autre. L’indice TSX a progressé de 1,2 % sur la base du rendement total, porté par la vigueur du secteur de l’énergie à la suite de la reprise des hostilités au Moyen-Orient, tandis que les actions américaines ont reculé, l’indice S&P 500 terminant le mois pratiquement inchangé et le NASDAQ cédant 3,2 %. L’attention du marché s’est surtout portée sur les titres technologiques, en particulier de semi-conducteurs, alors que les investisseurs s’interrogeaient sur la viabilité du rythme soutenu des dépenses d’investissement dans l’IA. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie a enregistré sa plus forte baisse mensuelle depuis la crise financière de 2008, reflétant les préoccupations quant aux futurs investissements des géants de la technologie, à l’intensification de la concurrence et au lancement de modèles d’IA à code source ouvert plus efficaces. Malgré la vente massive, les solides bénéfices de sociétés comme Amazon et Microsoft ont soutenu les plans d’investissement à court terme dans l’IA, tandis que les flux d’actifs continus vers les FNB axés sur les semi-conducteurs indiquent que de nombreux investisseurs voient le repli comme une occasion d’achat à long terme.

Les banques centrales sont aussi restées à l’avant-scène, alors que les décideurs soupesaient la croissance économique résiliente et les pressions inflationnistes persistantes. La Fed a laissé son taux directeur inchangé dans une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %, même si un vote partagé (9 contre 3) a reflété les inquiétudes de certains décideurs quant à la possibilité l’inflation nécessite un nouveau resserrement. La Banque du Canada a aussi maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième réunion consécutive, soutenant que le niveau actuel demeure approprié tandis que les pressions inflationnistes diminuent malgré l’incertitude mondiale. Bien que la banque centrale ait annoncé une plus forte croissance au deuxième trimestre et l’amélioration des prévisions économiques à long terme, elle a souligné que les risques liés aux droits de douane, aux tensions géopolitiques et à l’inflation demeurent élevés, justifiant une approche prudente fondée sur les données. La courbe des taux des titres du Trésor américain s’est accentuée au cours du mois qui a suivi la décision de la Fed de maintenir ses taux d’intérêt inchangés, témoignant de l’incertitude grandissante quant à la crédibilité de la Fed dans la lutte contre l’inflation et contribuant à la faiblesse des titres à revenu fixe à long terme, tandis que la courbe des taux au Canada s’accentuait également, mais dans une moindre mesure. Ce mouvement a pesé sur les obligations à long terme et contribué aux rendements négatifs des obligations canadiennes et américaines. L’indice général des obligations américaines a reculé de 1,30 % au cours du mois et l’indice obligataire universel FTSE TMX, de 1,55 %.


Malgré la volatilité accrue du secteur de la technologie et le contexte de politique monétaire prudent, les données fondamentales des sociétés sont demeurées solides. Alors qu’environ 66 % des sociétés du S&P 500 ont annoncé leurs résultats du deuxième trimestre, 87 % ont dépassé les prévisions de bénéfices et 77 % ont surpassé les prévisions de revenus, poussant l’indice vers une croissance des bénéfices de 47,4 % sur 12 mois, le niveau le plus élevé depuis 2021. Les prévisions de bénéfices positives ont également surpassé les prévisions négatives pour un troisième trimestre de suite, ce qui renforce la confiance dans la résilience de la rentabilité des entreprises. Nous y reviendrons et analyserons plus en détail les résultats sous peu. Les investisseurs vont continuer de surveiller la viabilité des investissements dans l’IA, la trajectoire de l’inflation et des taux d’intérêt et la possibilité que la forte croissance des bénéfices continue de soutenir les marchés boursiers au deuxième semestre.
Parfois, bon ne suffit pas
À mi-parcours, on pourrait qualifier la ronde des résultats du deuxième trimestre du S&P 500 par un seul mot : géniale! 87 % des sociétés ont dépassé les prévisions consensuelles des analystes (au 30 juillet). Les belles surprises sont la norme, et elles sont particulièrement remarquables. Encore plus impressionnant, les prévisions de bénéfices du S&P 500 pour le deuxième trimestre étaient de 82 $ au début de la saison des résultats, et elles ont déjà bondi à 98 $ – une hausse de 46 % par rapport au deuxième trimestre de 2025. Mieux encore, cette tendance est généralisée, du moins jusqu’à présent, alors que tous les secteurs affichent des résultats globalement supérieurs aux attentes. Elle ne se limite donc pas au secteur de l’énergie (grâce aux prix élevés du pétrole) ou de la technologie (grâce aux dépenses sur les centres de données d’IA). Un niveau d’inflation juste assez élevé pour soutenir la croissance des chiffres d’affaires, l’économie solide, les dépenses d’IA et la résistance du consommateur sont autant de facteurs qui ont mené à ces excellents résultats.

Malheureusement, les cours des actions ne réagissent pas tous avec autant d’enthousiasme. En effet, on observe une divergence marquée dans la réaction des cours. Les secteurs des technologies de l’information et des services de communication affichent des bénéfices nettement supérieurs aux attentes, mais les cours des actions reculent à l’annonce des résultats. Cette réaction pourrait s’expliquer en partie par le fait que les attentes « non officielles » étaient nettement supérieures aux prévisions consensuelles. Cependant, elle s’explique probablement plus par la baisse de l’enthousiasme entourant le développement de l’IA. Il y a quelques trimestres, le marché aurait réagi positivement à la nouvelle de l’augmentation des dépenses d’investissement d’une société technologique de très grande envergure, ce qui n’est plus trop le cas. Si l’on ajoute à cela le risque grandissant lié aux modèles d’IA à « faible coût » de la Chine, la nécessité de démontrer un rendement positif sur le placement est maintenant de plus en plus pressante. Nous continuons de penser que l’enthousiasme du marché à l’égard de l’IA va fluctuer pendant de nombreux trimestres – en ce moment, il est indéniable.
À l’inverse, les cours réagissent très fortement dans d’autres secteurs. Dans les secteurs de la consommation de base, de la santé, de l’énergie et de l’immobilier, les cours bondissent à l’annonce des bénéfices. Malheureusement, ces secteurs représentent ensemble environ 20 % de l’indice S&P 500, soit bien moins que les secteurs de la technologie et des services de communication (46 %). Par conséquent, le niveau général du marché peine à se maintenir malgré une saison des bénéfices marquée par de nombreuses bonnes nouvelles.
Nous pourrions peut-être y voir une rotation des titres de croissance vers les titres de valeur ou du facteur de momentum vers le facteur de dividendes ou de l’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière à l’indice équipondéré. Mais ce n’est rien de tout cela, il semble s’agir d’une correction de l’IA. Lorsqu’on examine les secteurs les plus fortement exposés à l’échelle des entreprises, ils réagissent négativement aux bénéfices tandis que les secteurs moins exposés se portent bien.

Pour le meilleur ou pour le pire, ce marché est maintenant dicté par les fluctuations de l’enthousiasme lié à l’IA. Si cette bulle dure encore plusieurs trimestres, c’est une excellente nouvelle. Si l’enthousiasme se refroidit, les cours pourraient baisser de façon importante. À notre avis, si vous souhaitez une certaine exposition, elle devrait être modérée. L’argument selon lequel les cours ne font que commencer à réagir est assez faible compte tenu des excellents gains enregistrés et que tout le monde est au fait de cette avancée technologique. Nous sommes probablement plus près de la deuxième pause d’hydratation. Cependant, on pourrait toujours se rendre en prolongation.
Tout brille… sauf l’or
Lorsque le conflit en Iran a éclaté à la fin de février et que le détroit d’Ormuz s’est retrouvé bloqué, l’or aurait dû connaître son moment de gloire. Au contraire, c’est tout le reste qui a brillé depuis : les marchés sont en hausse, les titres pétroliers ont bondi, même les banques canadiennes ont gagné 25 %. À ce moment, l’or avait déjà progressé de plus de 20 % depuis le début de l’année et de plus de 80 % sur un an. Il ne s’est peut-être pas comporté comme on l’aurait pensé, mais en même temps, avait-on vraiment besoin d’une protection? Peu importe quelles étaient les inquiétudes du marché, elles se sont rapidement dissipées; l’or a été laissé pour compte et est entré dans un marché baisser, reculant de plus de 25 %. Les sociétés aurifères ont fait encore pire, alors que l’indice TSX Global Gold est en baisse de 33 % au moment de rédiger ces lignes, ayant à peine remonté de ses creux récents.
Anatomie d’un marché baissier doré – D’un point de vue à contre-courant, la situation est intéressante. Nous pourrions dire que nous traversons une phase de consolidation après un rendement incroyable de plus de 140 % des sociétés aurifères l’année dernière et un gain de plus de 50 % du lingot. Après tout cela, le rendement des sociétés aurifères ne fait que suivre celui des titres pétroliers au cours des 12 derniers mois. Les liquidités excessives ont été éliminées du marché. Récemment, l’or suit beaucoup plus l’évolution des taux, comme en témoigne le graphique ci-dessous, mais le recul s’explique par de nombreux facteurs : hausse des taux réels et nominaux et du dollar américain, et un métal qui était simplement suracheté après une superbe progression. Le repli était prévisible, mais les données fondamentales ou les raisons structurelles à l’origine du marché haussier de l’or des dernières années ont peu changé. Plus récemment, on a observé certains changements sur le marché : l’or n’a pas établi de nouveau creux depuis la fin juin – laissant présager d’un éventuel double creux même si les taux remontaient – le pétrole a rebondi et le dollar est resté solide. Une mauvaise nouvelle qui ne fait plus baisser les cours n’est plus une mauvaise nouvelle. À notre avis, comme les taux se rapprochent de la fourchette où ils se sont traditionnellement inversés et que le positionnement baissier est important, le rapport risque/rendement lié au fait de détenir le métal jaune est de nouveau positif.

Un acheteur constant – Les produits de base évoluent au gré de l’offre et de la demande, et dans le cas de l’or, les banques centrales ont joué un rôle central dans la demande. Cette demande structurelle a ralenti l’année dernière et a commencé à se fissurer lors du déclenchement de la guerre, certaines banques centrales plus petites ayant été pratiquement contraintes de vendre leurs réserves d’or pour diverses raisons liées au financement. Une révision importante des données a fait chuter les estimations d’achats du premier trimestre de 244 tonnes à seulement 57 tonnes, soit le niveau le plus bas pour un premier trimestre depuis plus de 15 ans. Les banques centrales de la Turquie, de la Russie et de l’Azerbaïdjan ont été les principales responsables de ces ventes massives, tandis que plusieurs fonds souverains du Moyen-Orient ont également procédé à des ventes afin de compenser la baisse des revenus pétroliers et gaziers attribuable aux conflits. Au total, les achats nets du premier trimestre, qui se sont élevés à 346 tonnes, ont été les plus faibles en quatre ans.

Ces craintes se sont dissipées au deuxième trimestre, alors que les banques centrales ont acheté un volume record de 289 tonnes d’or, une augmentation annuelle de 74 %, l’incertitude géopolitique augmentant l’attrait de l’or comme actif de réserve. La Chine a augmenté ses achats au cours des derniers mois. Ceux-ci ont enregistré leur plus forte hausse trimestrielle depuis 2023. À notre avis, le pilier central de la demande demeure intact. Les pressions de vente ont diminué et les banques centrales continuent d’avoir des raisons stratégiques d’acheter de l’or : diversifier leurs réserves pour se protéger contre l’incertitude liée au contexte géopolitique et aux marchés financiers. Cela devrait contribuer à soutenir les prix de l’or.
De l’or dans le portefeuille – Du point de vue du portefeuille, nous préconisons depuis longtemps d’investir au moins un peu dans l’or, comme source d’alpha de crise. Il était facile d’investir dans l’or lorsque cette catégorie d’actif performait très bien, c’est moins le cas au cours des derniers mois depuis qu’il pèse sur les rendements. Nous le considérons comme un excellent outil de diversification, offrant à la fois une protection contre l’inflation et des avantages en période d’aversion au risque. Les producteurs se portent bien : ils continuent de générer d’importants flux de trésorerie disponibles, d’augmenter leurs dividendes et de procéder à des rachats d’actions, et bon nombre d’entre eux affichent des rendements en dividendes modestes, mais qui augmentent. À en juger par les récentes notes des sociétés de courtage, la demande des généralistes a déjà augmenté.

Les difficultés rencontrées par les FNB s’atténuent également : les sorties de fonds des FNB adossés à l’or semblent avoir ralenti au deuxième trimestre, et nous avons même constaté une légère hausse du nombre de tonnes détenues. Il est encore trop tôt pour se réjouir d’une légère hausse, mais encore une fois, les mauvaises nouvelles se font plus rares. Le récent recul à environ 4 000 $ l’once pourrait constituer un bon point d’entrée pour ceux qui souhaitent accroître leur exposition, et ce niveau de prix pourrait représenter un soutien raisonnable en vue d’un rebond des prix de l’or au deuxième semestre.
Cycle du marché
Même si les marchés boursiers sont actuellement plus influencés par les fluctuations de l’enthousiasme lié à l’IA, la base est assez solide. Les indicateurs du cycle du marché demeurent très favorables. L’accentuation de la courbe des taux est positive, les données économiques aussi. Les indicateurs avancés sont encore baissiers à long terme, mais commencent peut-être à se renverser. Les taux de surprise, l’indice GDP Now, l’emploi et même la confiance semblent se stabiliser, quoiqu’à des niveaux plus bas.

Ce modèle compte sept indicateurs sur la consommation américaine : rendement du S&P 500, variation sur 12 mois des indicateurs avancés, conditions de crédit des banques, sondage sur la confiance, demandes d’assurance-chômage, prix des maisons et prix du pétrole. Ce qui est un peu inquiétant, c’est que seuls trois indicateurs sur sept sont haussiers, soit ceux du S&P 500, des demandes d’assurance-chômage et du prix des maisons. L’indicateur des conditions de crédit des banques n’est que légèrement baissier. Il y a un mois, quatre indicateurs étaient haussiers, donc la situation s’est un peu détériorée.

Le PIB américain au deuxième trimestre a témoigné de fortes dépenses de consommation, mais jusqu’ici au troisième trimestre, les données des opérations par carte laissent entrevoir une baisse des dépenses. Pour l’instant, nous ne sommes pas inquiets, et manifestement, le marché non plus. Cependant, nous le serons plus si les dépenses par carte continuent de diminuer ou si davantage d’indicateurs deviennent baissiers. Tout dépendra des données, alors restez à l’affût.
Les indicateurs de l’économie mondiale demeurent décents, étant donné que les deux indicateurs baissiers sont l’indice KOSPI et le rendement des marchés émergents, actuellement liés au thème de l’IA. Les autres données fondamentales demeurent favorables.
Dans l’ensemble, nous adoptons une position légèrement défensive. Même si nous sommes encouragés par les données économiques et les bénéfices, nous adoptons une orientation défensive, principalement parce que le marché escompte déjà de nombreuses bonnes nouvelles et que nous pensons être en fin de cycle.
Positionnement du portefeuille

Conclusion
Les marchés ont un peu évolué dans une fourchette étroite au cours des deux derniers mois, mais la volatilité quotidienne s’est accentuée. La correction de l’IA pèse sur les marchés, mais les données économiques et les bénéfices sont favorables. Le recul de l’IA pourrait être terminé après l’annonce des bénéfices de Microsoft, qui a entraîné un bond de plus de 450 milliards $ de la capitalisation boursière en une seule journée. Nous avons lu qu’il s’agissait d’un record de création de valeur en une seule journée. Normalement nous vérifions une telle information, mais cela prendrait trop de temps, et ça semble plausible. Encore une fois, on observe plus de caractéristiques propres à une fin de cycle et de comportements assimilables à une bulle.
Les marchés ont résisté durant ce repli de l’IA, ce qui est encourageant. Si les préoccupations liées à l’IA se dissipent, nous pourrions assister à une belle remontée. Mais comme nous pensons être à la deuxième pause d’hydratation (dernière référence au soccer, c’est promis) et que la plupart des portefeuilles ont connu une belle progression, ça ne semble pas être le bon moment pour jouer offensivement (voilà, c’était la dernière).